Ceci n'est pas une pièce (pièce sans titre) | ~ Lunae ~ le bazar d'Emz0

ébauche de pièce écrite au fil de l'Inconscient et au sortir de l'adolescence, dont les influences seront faciles à reconnaître... ;-)

 

{ Faire jouer les comédiens nus : les costumes sont remplacés par des pancartes couvrant le ventre et le sexe, qui indiquent le nom et la fonction des personnages. }

0uverture

Une femme debout (Germaine, concierge), immobile sur son pallier pendant près de deux minutes.
Arrive une autre femme (Louise, retraitée, pensionnée, veuve de guerre).


Femme 1 : Ah ! M'ame Germaine. Z'avez vu le temps ? Misère de misère ! Encore des nuages...

Femme 2 : 0h ! M'en parlez pas, M'ame Louise. Et y paraît qu'ça va durer. Et y paraît qu'ça va tomber. J'l'ai entendu à la télé.

Femme 1 : Wowowowo ! Quel malheur ! Quel malheur ! Comment faire... J'aurais bien pris un parapluie...

Femme 2 : Mais c'est impossible. Le charmant monsieur du vingt heures, celui qui est si distingué dans son beau costume bleu, l'a déclaré :

Voix off : Tendance : le parapluie est démodé.

Les deux femmes : Ah ! Ô rage ! Ô désespoir ! Ô météo ennemie !

Femme 2 : Que ne donnerions-nous pas pour un petit rayon de soleil !

Femme 1 : Une pierre...

Femme 2 : Deux maisons...

Femme 1 : Trois ruines...

Femme 2 : Quatre fossoyeurs...

Femme 1 : Un jardin...

Femme 2 : Des fleurs...

Voix d'homme : Et un raton laveur !

Passe l'homme qui danse en chantant « Singing in the rain ».


Femme 1 : Revoilà cet homme étrange...

Femme 2 : 0ui. Voyez comme les mauvaises nouvelles du temps semblent ne pas le perturber...

Femme 1 : Comme il est bizarre !

Femme 2 : 0n dit qu'il vit seul...

Femme 1 : Avec un chat noir comme la nuit. (elles font trois fois le signe de croix.)

Femme 2 : Et l'on raconte qu'il n'aime pas les gens.

Femme 1 : Il préfère les enfants.

Femme 2 : Il ne suit pas la mode.

Femme 1 : Il ne suit pas l'armée.

Femme 2 : Il ne suit pas le gouvernement.

Femme 1 : Il ne suit pas le troupeau.

Femme 2 : Il ne suit pas le mouvement.

Femme 1 : Il n'a pas la télé.

Femme 2 : C'est un mauvais chrétien.

Femme 1 : C'est un mauvais citoyen.

Femme 2 : C'est un gauchiste.

Femme 1 : Un fauteur de trouble.

Femme 2 : Un anarchiste ou un communiste.

Femme 1 : Un punk ou un hippie.

Femme 2 : Un écologiste.

Femme 1 : Un drogué...

Femme 2 : Un sorcier...

Ensemble : Au bûcher, l'hérétique ! Malemort ! Malemort !

Les villageois descendent tous dans la rue armés de piques, gourdins et flambeaux en criant : « Vindicte ! Vindicte ! »

Musique style fantasy médiévale partant en rock heroïc. Incendies.

Noir. Les flammes dansent sur scène.

La musique s'arrête.

Les flammes sortent en dansant.




Scène 1


Antoine (remplisseur de fiches - exécutant / employé de bureau c'est selon) marche dans la rue d'un pas pressé. Des passants passent. L'atmosphère atmosphère. Deux flics s'approchent (Gérard, flic ; Robert, flic).

Flc 1 : Monsieur...

Flic 2 : Monsieur, s'il vous plaît !

Flic 1 : S'il vous plaît ?

Ensemble : Veuillez nous suivre, monsieur.

Flic 2 : Pour un contrôle...

Antoine : Maintenant ? Mais je... Heu... 0ui... Mais rapidement alors, parce que je vais au boulot là, et je suis pas en avance.

Flic 1 : C'est pour un contrôle, monsieur.

Flic 2 : C'est juste une formalité.

Flic 1 :
Une simple formalité.

Antoine : Bon...

Ils marchent un moment en silence, Antoine entre les deux flics. Progressivement, tous les regards se tournent vers eux. Antoine est de plus en plus mal à l'aise. Il jette un coup d'œil à sa montre.

Ils arrivent devant une table sur tréteaux, recouverte d'une nappe verte, autour de laquelle sont assis deux huissiers (Me Delors, huissier ; Me Delon, huissier) et un avocat (Me Desmoulins, avocat). Comme ils sont assis, ils ne portent pas de pancarte, mais leurs fonctions sont indiquées devant eux sur la table. Un ordinateur et une lampe de banquier sont posés devant eux.


Les deux flics :
Asseyez-vous.

Antoine s'exécute. Les deux flics se tiennent debout derrière lui, main sur l'arme.
L'avocat et les huissiers fixent Antoine un long moment.


Huissier 1 :
Carte d'identité s'il vous plaît.

Antoine fouille dans son porte-feuilles.

Huissier 1
(insistant) : Votre carte d'identité, monsieur, s'il vous plaît.

Antoine la trouve et leur tend nerveusement. Ils l'examinent, se la font passer deux ou trois fois, puis la posent devant eux. Ils se servent chacun un verre d'eau et les vident lentement avant de les reposer dans un parfait ensemble. Antoine regarde sa montre. Les huissiers consultent l'ordinateur et se parlent à voix basse.

Huissier 1 : profession ?

Antoine regarde toujours sa montre.


Huissier 2 : Votre profession, monsieur ?

Antoine : Pardon. Remplisseur de fiches.

Huissier 1 : Vous dites ?

Antoine : Remplisseur de fiches. Je suis remplisseur de fiches.

Huissier 1 : Et quel genre de fiches est-ce que vous remplissez ?

Huissier 2 : 0ui, quel genre de fiches ?

Antoine : Heu... Je ne sais pas... Ça dépend. Tenez : l'autre jour, j'ai rempli un formulaire en dix-huit exemplaires pour une demande de fiches roses.

Huissier 1 : Et ces fiches roses, à quoi servent-elles ?

Antoine : Et bien, à rédiger les demandes de fiches vertes.

Huissier 2 : Et les fiches vertes, à quoi servent-elles ?

Antoine :
Mais... A obtenir des formulaires, bien sûr !

Les deux huissiers : Très bien... Très bien...

L'avocat : Bien...

Tous les regards se portent sur lui. Long silence... Les regards se portent à nouveau sur Antoine.

Huissier 1 : Vous aimez votre métier ?

Antoine (qui regardait sa montre, levant soudainement les yeux) : Pardon ?

Huissier 2 : Votre emploi, est-ce que vous l'aimez ?

Antoine : Et bien, c'est à dire... Il faut bien vivre n'est-ce pas ?

Huissier 1 : Naturellement.

Huissier 2 : Naturellement.

Avocat : Bien entendu.

Tous les regards se portent sur lui. Long silence... Les regards se portent à nouveau sur Antoine.

Huissier 1 : Mais vous avez évidemment conscience d'œuvrer pour le bien de la communauté, n'est-ce pas ?

Huissier 2 : Vous vous sentez utile.

Huissier 1 : Vous êtes un maillon essentiel.

Huissier 2 : N'allons pas trop loin.

Huissier 1 : Pardon. Je m'emporte.

Huissier 2 :
Nous avons consulté votre dossier, monsieur... (il regarde l'ordinateur.)

voix off : Antoine Desplantes.

Huissier 2 :
C'est cela. J'ai ici une déclaration de l'estimé docteur Prozac, qui dit vous avoir suivi l'année dernière de la mi-Juin à la fin Novembre.

Les deux huissiers
(soupçonneux) : Vous étiez souffrant ?

Antoine : Disons que je me sentais un peu... Fatigué ! 0ui, c'est le mot : fatigué.

Huissier 1 (consultant l'ordinateur) : Il est écrit ici que vous étiez soigné pour... Dépression.

Huissier 2 : Vous êtes dépressif, monssieur Desplantes ?

Antoine : Non... Non... J'ai simplement l'humeur taciturne, un tantinet, rien de plus...

Huissier 1 : Le docteur Prozac dit que vous l'êtes...

Huissier 2 : Dépressif...

Huissier 1 : Dépressif...

L'avocat :
Dépressif...

L'atmosphère s'assombrit.

Choeurs : Dépressif !!!

Silence.


Huissier 1 : Monsieur Desplantes...

huissier 2 : Monsieur Desplantes...

huissier 1 : Ressentez-vous...

huissier 2 :
0ù avez-vous ressenti...

huissier 1 : Comme le déclare le susnommé docteur...

huisiser : Le très honorable docteur...

les deux huissiers : Prozac...

huissier 1 : Avez-vous...

huissier 2 : 0ui ou non...

huissier 1 : Ressenti...

huissier 2 : Je cite...

huissier 1 :
JE cite.

Huissier 2 : (à l'huissier 1) Tu cites. (à Antoine) Il cite.

Les deux huissiers : Nous citons.

L'avocat : Vous citez.

Antoine (se raclant la gorge, au public) : Ils citent.

Huissier 1 : Avez-vous ressenti ce que vous avez appelé...

huissier 2 : l'inutilité du travail...

l'avocat : Ça va être dur...

huissier 1 : La futilité de la vie...

l'avocat : Très dur...

huissier 2 : Et l'absurdité du système ?

L'avocat : Le coup de grâce ! (Il meurt.)

huissier 1 : Vous n'êtes pas heureux, monsieur Desplantes.

Huissier 2 : Pas heureux...

Antoine : Si, enfin non... 0ui... Je suppose...

huissier 1 : Vous supposez...

huissier 2 : Il suppose !

Huissier 1 : Vous n'ignorez sans doute pas que critiquer le système est une chose grave.

Huissier 2 : Très grave !

Huissier 1 :
Bien entendu, nous ne pouvons vous en tenir rigueur : vous n'êtes pas responsable.

Huissier 2 : Pas responsable.

Huissier 1 : Vous êtes malade, monsieur Desplantes.

Huissier 2 : Malade.

Huissier 1 : Très malade.

Huissier 2 : Malade...

Huissier 1 : Très...

les deux huissiers : Malade !

Antoine (a une boule dans la gorge) : Malade ?

Les deux huissiers : Dépressif.

Silence.

Huissier 2 : A moins que vous ne soyez un contestataire.

Huissier 1 : Vous n'êtes pas un contestataire, monsieur Desplantes ?

Les flics s'approchent, ouvrent l'étui de leurs armes, entourent Antoine et se penchent au dessus de lui.

Huissier 2 : Un contestataire... (Il saisit un crayon gris et joue nerveusement avec.)

Silence.

Huissier 2 (criant) : Contestataire ! (Il brise le crayon entre ses doigts.)

les deux huissiers et les deux flics (violemment ; les deux huissiers se lèvent ensemble.) : T'es un contestataire ?

Antoine : Non, non, bien sûr que non !

Les deux huissiers (se radoucissant et se rasseyant) : Bien... Bien...

Les flics se redressent et regardent de nouveau dans le vide, droit devant eux.
Ils restent près d'Antoine, qui commence à se sentir vraiment très mal. Il regarde sa montre.
La lumière s'éteint progressivement.
Long silence.


Antoine : Ma montre s'est arrêtée.

Silence.

Noir.

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